La France a connu une vague d’attaques au couteau dans un contexte de répression gouvernementale contre ce que le président Emmanuel Macron a qualifié de “séparatisme islamiste”. Les meurtres, en particulier celui du professeur d’histoire Samuel Paty en banlieue parisienne, ont déclenché des manifestations en France, mais dans certains pays musulmans, des appels au boycott des produits français ont été lancés en représailles à l’attaque perçue de Macron contre l’islam.

Dans le monde anglophone, la confusion règne autour du débat sur la société française qui a suivi ces attaques. Le point commun est que le gouvernement et les manifestants considèrent qu’ils défendent le principe de “laïcité” de la France. Alors pourquoi les étrangers ont-ils du mal à comprendre ce qu’est la laïcité ? Et pourquoi les Français y sont-ils si attachés ?

Un problème pour les anglophones est que nous n’avons pas d’équivalent satisfaisant pour le mot laïcité. On le traduit généralement par “laïcité”, bien que cela tende à impliquer un scepticisme ou une hostilité plutôt qu’une neutralité à l’égard de la religion. Le “principe laïc” est peut-être un meilleur équivalent, mais la laïcité a tellement d’histoire qu’il faut connaître la France pour en comprendre les nuances.

Chaque pays doit trouver un équilibre entre l’autorité de l’État et l’influence de la religion, découlant de son histoire particulière. La République française dans sa forme moderne a été établie à la fin du 19e siècle, après de longues luttes des républicains contre les mouvements royalistes et autoritaires qui étaient soutenus par l’église catholique. Les différences religieuses ont été réglées en 1905, lorsque l’Église et l’État ont été légalement séparés. L’État a été déclaré neutre par rapport à la religion, et les gens étaient libres de croire et de pratiquer n’importe quelle religion ou aucune. C’est ce que l’on appelle en français la laïcité.

Après la séparation, la laïcité est passée au second plan. Peu de gens y voyaient un problème, y compris les principales organisations religieuses. Et il y avait des exceptions pragmatiques au principe. Par exemple, l’État finance les bâtiments religieux historiques (pas seulement Notre-Dame de Paris).

Il finance les écoles catholiques et a maintenu des accords antérieurs avec l’Église catholique dans certaines des anciennes colonies et en Alsace-Moselle, qui était sous administration allemande au moment de la séparation. Le principe laïque a finalement été adopté par tous les groupes religieux, ainsi que par l’importante minorité de non-croyants de la France. Il est inscrit dans la Constitution depuis 1946.

Des tensions apparaissent

Ce qui a remis la laïcité sur le devant de la scène, c’est l’importante migration en provenance d’Afrique du Nord après la décolonisation des années 1960, et l’émergence de nouvelles générations de musulmans nés en France. En 1989, la question de savoir si les jeunes filles musulmanes devaient être autorisées à porter le foulard dans les écoles publiques a suscité des controverses. Les politiciens de droite et de gauche s’en mêlent, et la situation s’aggrave rapidement. Les limites du principe de laïcité ont été mises à l’épreuve, principalement en ce qui concerne les symboles religieux : ce qu’ils sont, où ils peuvent être portés ou affichés, et par qui. De nouvelles lois ont été adoptées en 2004 interdisant le port de symboles religieux ostensibles dans les écoles publiques et en 2010 interdisant le port de masques dans les espaces publics.

Chaque conflit et chaque tour d’élections nationales a donné lieu à de nouveaux débats et a élargi l’éventail des interprétations du principe de laïcité, en y intégrant des questions relatives aux droits des femmes, aux libertés civiles, à la liberté d’expression et à bien d’autres sujets. Un éminent analyste a identifié sept significations distinctes de la laïcité, ce qui est peut-être aujourd’hui une sous-estimation. Alors que de plus en plus de groupes politiques la revendiquent comme leur valeur fondamentale, elle est de plus en plus acceptée comme un marqueur important de l’identité française – une partie de l’ADN national, comme l’a dit l’ancien Premier ministre Manuel Valls.

Islam et laïcité

Bien que le principe de laïcité s’applique à toutes les religions, le débat qui l’entoure s’est de plus en plus concentré sur les pratiques musulmanes. Les tensions ont été soulevées par les mouvements de droite hostiles à l’immigration et ont encore été exacerbées par les attentats terroristes perpétrés par des partisans d’Al-Qaïda, de l’État islamique et d’autres groupes extrémistes. En janvier 2015, la fusillade des journalistes de Charlie Hebdo et le meurtre d’otages juifs dans un supermarché ont déclenché des manifestations de masse.

En novembre de la même année, 130 personnes ont été tuées dans une série d’attentats, notamment dans la salle de concert du Bataclan à Paris. Des attaques de différents types ont eu lieu à de nombreuses reprises depuis lors, la plus récente étant le meurtre de Paty et de trois fidèles chrétiens à Nice en octobre 2020.